DSC_0528Samedi matin, le catamaran "Tropic Alizés" quitte la pointe des roches,  (Kourou) à 8h, direction les Iles du salut. Nous sommes 9 à bord. (c'est la basse saison touristique...enfin, en guyane, c'est un peu la basse saison touristique toute l'année....lol)

Les îles sont situées à 8 miles marins (soit une quinzaine de kilomètres) de Kourou. Nous les atteindrons après 1h30 environ de navigatino. La mer est assez agitée, et les vagues très hautes (et les creux très bas .....). Le catamaran essaie de les éviter au maximum, mais l'une d'entre elles, plus forte que les autres nous secoue un peu et ... nous mouille intégralement !!!! SPLASCHHHHHHHHH ...C'est pas grave, ça rafraîchit !

La chose qui me frappe le plus, c'est la couleur de l'eau. Elle est marron-oranger. Impossible de distinguer le fond. On a un peu l'impression de naviguer sur un fleuve, chargé de boue. Je me demande alors, si, l'eau sera bleue autour des îles du salut. J'ai bientôt ma réponse : une fois sur place, nous constatons que l'eau est toujours aussi opaque et aussi DSC_0615marron !!!! Ce n'est pas très engageant ! Mais bon, nous sommes là pour en savoir davantage sur le bagne . Alors allons-y..; C'est parti pour une visite guidée.

Tout d'abord, un peu d'histoire. 

D'abord nommées « Îles du Triangle » (en raison de leur disposition) par les premiers explorateurs, les îles du Salut prirent ensuite le nom sinistre d' « Îles du Diable » en raison des forts courants marins qui rendaient leur accès très périlleux, mais aussi de la tragique expédition de Kourou de 1763-1764, qui se solda par une hécatombe (environ 12 000 morts en un an).

Les épidémies de fièvre jaune dues à l'insalubrité du climat guyanais, au DSC_0536manque de nourriture et d'eau potable, ainsi que les installations précaires et le manque d'organisation, avaient décimé la plus grande partie des colons d'origine française, convoyés en Guyane pour peupler le territoire. Les survivants, qui trouvèrent refuge sur ces îles au climat plus favorable et dépourvues de moustiques, les rebaptisèrent alors « Îles du Salut ».

Après les premiers colons, c'est aux esclaves noirs que fut confiée la lourde tâche de défricher ces territoires. Les rescapés furent autorisés à rejoindre ceux du continent, pour fonder les premières communautés le long du fleuve Maroni.

Mais ce « salut » fut de courte durée et la réputation du « triangle maudit » et de « terre d'enfer » allait être confirmée dès la Première république DSC_0584par la construction d'une forteresse, en 1793, pour accueillir les premiers déportés politiques, à commencer par quelques deux-cents prêtres réfractaires.

Puis, avec l'abolition de l'esclavage en 1848 et l'opposition politique grandissante aux bagnes sur le territoire métropolitain, l'idée de substituer des bagnards aux esclaves se fait jour. Sous le Second Empire, à partir de 1854, l'administration pénitentiaire y instaure un des bagnes les plus durs au monde, où passeront 70 000 prisonniers. L'île Royale accueillait l'administration ainsi que l'hôpital, l'île Saint-Joseph servait pour les « fortes têtes » et l'île du Diable pour les espions, les détenus politiques ou de droit commun. Il s'agissait pourtant du bagne le moins dur de Guyane. Le taux de mortalité y était inférieur à ceux des bagnes établis en pleine forêt guyanaise, comme le bagne des Annamites. Mais les conditions de détention n'en étaient pas moins humiliantes avec des cellules sans toit, recouvertes d'une simple grille, comme au bagne de Saint-Joseph, par exemple, où tous les gestes des détenus étaient épiés par les gardes qui se tenaient au-dessus (et qui marchaient avec des chaussons pour se déplacer sans bruit et pour mieux pouvoir surprendre les bagnards qui auraient voulu discuter, car il était interdit de parler sur St Joseph...).

Alfred Dreyfus (1894) et Guillaume Seznec (1923) en furent les prisonniers les plus célèbres, ainsi qu'Henri Charrière (1933) qui décrivit dans son livre Papillon son séjour et ses tentatives d'évasion (souvenirs en fait souvent "empruntés" à ses codétenus).

Après la fermeture du bagne qui, décidée par un décret-loi du gouvernement Daladier en 1938., ne fut réalisée qu'en 1953, les installations pénitencières seront laissées dans leur état de grand délabrement jusqu'à l'implantation du centre spatial guyanais en 1965 à Kourou. Devenues la propriété du Centre national d'études spatiales (CNES) en raison de leur intérêt stratégique, dû à leur position sur la trajectoire des fusées Ariane, les îles du Salut sont évacuées avant chaque lancement, à l'exception de quelques gendarmes.

Depuis les années 1980, grâce à l'essor touristique des îles et à la volonté de sauvegarder une partie du patrimoine historique, le CNES a permis la remise en état de la Chapelle de Royale, de la maison Dreyfus (non visitable) ainsi que certaines cellules du quartier des condamnés. Enfin, la maison du Directeur a été aménagée en Musée du Bagne.

(Suite demain)